Quel avenir pour l’éducation en Guadeloupe ? Former moins… ou former mieux ?

La crise que traverse aujourd’hui l’enseignement supérieur en France n’est pas qu’une question budgétaire. Comme le souligne Le Monde, elle marque un tournant historique : pour la première fois depuis l’après-guerre, la politique éducative ne vise plus à élargir l’accès aux études supérieures, mais à le restreindre. Cette dynamique de démassification, déjà visible dans l’Hexagone, pose avec une acuité particulière la question de l’avenir de l’éducation en Guadeloupe.

Territoire insulaire, éloigné des grands pôles universitaires et confronté à des défis économiques, sociaux et environnementaux spécifiques, la Guadeloupe ne peut se contenter de reproduire des modèles éducatifs conçus ailleurs. La question n’est plus seulement combien d’étudiants former, mais pour quels métiers, quelles compétences et quel projet de société.

Miser sur des filières à haute valeur ajoutée

Dans un contexte de raréfaction des financements publics et de contraction démographique, maintenir des formations sans débouchés réels serait une impasse. La Guadeloupe doit au contraire investir dans des filières à haute valeur ajoutée, capables de répondre à ses besoins propres et de créer de la richesse localement.

Les métiers de la mer constituent un levier stratégique majeur. Économie maritime, aquaculture durable, gestion des ressources halieutiques, construction et maintenance navales, énergies marines renouvelables : ces secteurs sont au cœur des enjeux économiques et géopolitiques du XXIᵉ siècle. Former des experts locaux, capables de comprendre, exploiter et protéger l’espace maritime guadeloupéen, est une nécessité.

La biodiversité comme socle de développement

Autre richesse majeure du territoire : sa biodiversité exceptionnelle. Longtemps perçue comme un simple patrimoine naturel, elle doit désormais être pensée comme un champ d’expertise scientifique, technique et économique. Recherche en écologie tropicale, gestion des risques naturels, adaptation au changement climatique, biotechnologies, valorisation des ressources naturelles : autant de domaines où l’enseignement supérieur guadeloupéen peut et doit jouer un rôle central.

Former à ces métiers, c’est non seulement préserver l’environnement, mais aussi créer des compétences exportables, reconnues à l’échelle régionale et internationale.

L’intelligence artificielle, un levier stratégique pour la Guadeloupe

L’intelligence artificielle transforme tous les secteurs : santé, transport, énergie, agriculture, gestion des risques naturels et préservation de la biodiversité. En Guadeloupe, ces technologies offrent des opportunités majeures pour mieux anticiper les aléas climatiques, optimiser les ressources naturelles et développer des solutions adaptées aux réalités insulaires.

Former aux métiers de l’IA permet de créer des compétences locales, réduire la dépendance extérieure et capter de la valeur sur des marchés à forte croissance. Les besoins en data analysts, ingénieurs en machine learning, spécialistes en automatisation et experts en cybersécurité ne cessent d’augmenter

Les métiers informatiques d’avenir créent de l’emploi durable

Les métiers du numérique sont parmi les plus recherchés au monde. Développeur web et logiciel, architecte cloud, ingénieur réseaux, expert en cybersécurité, spécialiste des données ou concepteur d’applications intelligentes figurent au cœur des recrutements. Ces métiers offrent un avantage décisif pour les territoires ultramarins : ils sont compatibles avec le travail à distance et l’exportation de compétences.

Investir dans la formation informatique permet à la Guadeloupe de retenir ses talents, d’attirer des projets innovants et de renforcer son autonomie économique. L’éducation numérique devient un outil de souveraineté et de développement.

La programmation, la logique algorithmique et la compréhension des systèmes numériques deviennent des savoirs fondamentaux, au même titre que la lecture et l’écriture.

Former tôt aux technologies permet de réduire les inégalités et de préparer les enfants aux réalités du monde professionnel de demain.

Sortir des illusions économiques

À l’inverse, certaines formations historiquement mises en avant ne correspondent plus aux réalités économiques mondiales. Les métiers artisanaux comme la couture, bien qu’essentiels culturellement et socialement, ne peuvent plus être présentés comme des débouchés économiques majeurs à grande échelle. La concurrence internationale, portée par des pays à très bas coûts de production et à forte industrialisation, rend ces activités difficilement viables sur le plan compétitif.

Cela ne signifie pas leur disparition, mais leur repositionnement. Ces savoir-faire doivent relever de la création, du luxe, de l’identité culturelle ou de niches à forte valeur ajoutée, et non d’une production de masse en concurrence directe avec les marchés mondialisés.

Agir dès l’enfance : un choix stratégique

Consciente de ces enjeux, notre association LEKTI agit concrètement. Nous proposons des ateliers de programmation et de découverte du numérique destinés aux enfants de 6 à 12 ans. Ces ateliers développent la logique, la créativité, la résolution de problèmes et la confiance face aux technologies.

Initier les enfants au code, c’est préparer une génération capable de comprendre, maîtriser et créer les outils de demain. C’est aussi faire le choix d’un avenir où la Guadeloupe ne subit pas les transformations technologiques, mais y prend pleinement part.

9 thoughts on “Quel avenir pour l’éducation en Guadeloupe ? Former moins… ou former mieux ?

    1. Merci beaucoup pour votre lecture et votre retour. La réflexion n’a de sens que si elle s’accompagne d’actions concrètes. Former dès le plus jeune âge aux compétences numériques et au raisonnement logique est, selon nous, une condition essentielle pour préparer l’avenir éducatif et économique de la Guadeloupe. Votre soutien renforce notre engagement à poursuivre et développer ces initiatives sur le terrain.

  1. Waou, enfin de vrais pistes de réflexion et d’actions.
    Nous n’allons plus nous plaindre ou réclamer quoi que ce soit à qui que ce soit !
    En Guadeloupe, on saura qu’il a un peuple qui se prend en main et qui aborde l’avenir conscient de ses atouts, de ses forces et même de ses faiblesses.
    Dieu merci, il y a de belles choses en perspective dans nos îles de Gaudeloupe.
    Alors : Fos’ !

    1. Merci pour ce message fort et inspirant. C’est exactement cette dynamique que nous voulons encourager : passer de la prise de conscience à l’action, en s’appuyant sur nos réalités, nos forces et nos talents. La Guadeloupe a les ressources humaines et l’intelligence collective pour construire son avenir. À nous de transmettre les compétences, la confiance et la vision dès aujourd’hui. Ensemble, avançons. Fos’ !

  2. C’est un super article , une prise de hauteur pour identifier les problématiques et les leviers possible pour ne pas subir le changement de notre monde, accompagner notre génération et la génération à venir.

    1. Merci beaucoup pour ce retour. Prendre de la hauteur est indispensable pour ne pas subir les mutations en cours, mais les anticiper. Identifier les leviers d’action aujourd’hui permet d’accompagner durablement notre génération et celles à venir. C’est dans cette logique que nous agissons, avec la conviction que l’éducation et la transmission des compétences sont les clés d’un avenir maîtrisé.

    1. Absolument. Chacun a un rôle à jouer, aujourd’hui comme demain. Prendre part aux enjeux économiques, c’est une responsabilité collective qui se construit à tous les âges.

  3. Il est vraiment temps de répenser nos modèles d’éducation. Des modèles plus concrets et plus pratiques tournées vers une économie de l’avenir.
    Merci à Lèkti pour ses actions aujourd’hui qui permettront à nos enfants d’affronter l’avenir sereinement demain.
    Fós é lanmou pou timoun annou!

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