Sonia referme l’article sur son téléphone, entre deux tâches. Le titre l’a inquiétée : sans diplôme du supérieur, son fils irait droit au chômage. Pourtant, elle connaît autour d’elle des jeunes qui construisent une vraie réussite sans diplôme.

Ce que dit le rapport, chiffres à l’appui
Le Monde a relayé, le 10 septembre 2026, une interview de Xavier Jaravel, président délégué du Conseil d’analyse économique (CAE). Cet organisme conseille le gouvernement sur les questions économiques.
Xavier Jaravel y annonce une « baisse du PIB de l’ordre de 150 milliards » d’euros à l’horizon 2050. Cette baisse surviendrait si le niveau scolaire ne s’améliore pas. Concrètement, le PIB désigne la richesse totale produite chaque année par le pays.
Cette alerte s’appuie sur l’enquête PISA 2025, publiée le 8 septembre. Comparés à 2022, les résultats des élèves français chutent de 18 points en compréhension de l’écrit et de 16 points en mathématiques. Ainsi, c’est leur plus bas niveau depuis la création de ce classement en 2000. Selon l’OCDE, 20 points équivalent à une année de scolarité.
Xavier Jaravel anticipe, dans les cinq prochaines années, une hausse de l’échec dans l’enseignement supérieur et du chômage des jeunes. Toutefois, ce raisonnement porte sur des moyennes nationales, pas sur le destin d’un élève en particulier. Cette nuance se perd souvent en chemin.
Le raccourci qui dérange
Un lecteur pressé peut résumer ce message ainsi : sans diplôme du supérieur, le chômage guette. En France, le taux de chômage atteint en effet 13,8 % chez les personnes sans diplôme. Il descend à 5 % chez les titulaires d’un bac+2 ou plus, selon l’enquête Emploi 2024 de l’Insee. Cet écart existe donc bel et bien, personne ne le nie ici.
Mais en Guadeloupe, en 2025, le chômage progresse aussi chez les diplômés du supérieur. Il atteint désormais 10 %, en hausse de trois points en un an. À titre de comparaison, il touche 27 % des personnes peu ou pas diplômées, d’après l’Insee Analyses Guadeloupe. Autrement dit, le diplôme protège davantage qu’il ne met définitivement à l’abri.
La réussite sans diplôme, une réalité chiffrée
Un décrochage scolaire n’est donc pas, à l’inverse, une condamnation automatique. Les raisons d’un décrochage sont d’ailleurs multiples : rythme d’apprentissage différent, difficulté avec l’écrit, envie d’apprendre autrement, besoin de bouger plutôt que d’écouter.
Aucune de ces raisons ne prédit, à elle seule, un échec professionnel. Beaucoup de métiers valorisent d’abord l’expérience, la régularité ou le savoir-faire manuel, bien avant le diplôme initial.
Le numérique ne s’apprend pas qu’à l’université
Xavier Jaravel relie aussi ce recul scolaire à un retard plus ancien : le virage tardif de la France vers le numérique. Ce virage pèserait sur la productivité du pays. Cette lecture reste toutefois macroéconomique ; elle ne dit rien du parcours numérique d’un jeune en particulier.
En 2025, seulement 1 % des 16-29 ans se trouvent en situation d’illectronisme. Ce mot désigne une grande difficulté à utiliser les outils numériques du quotidien. Il reste quasi identique quel que soit le parcours scolaire, selon l’Insee Focus n°376. L’écart selon le diplôme se concentre surtout chez les générations plus âgées, formées avant la généralisation du smartphone.
Concrètement, un jeune qui décroche du collège ou du lycée peut très bien apprendre à coder seul. Notre tutoriel pour créer sa première application en cinq minutes le montre bien. Le numérique se pratique d’abord ; il ne s’obtient pas uniquement sur diplôme.
Les portes de sortie qui existent déjà
En 2023, 7,6 % des jeunes quittaient le système scolaire sans diplôme ni qualification, contre 11,3 % en 2010, selon le ministère de l’Éducation nationale. Ce taux recule donc, sans pour autant tomber à zéro.
Face à cela, des dispositifs existent en dehors du circuit classique. Les écoles de la deuxième chance affichent un taux de sortie positive de 62 %, après quatre à dix-huit mois de formation. Ce chiffre vient toujours du ministère de l’Éducation nationale.
De son côté, la validation des acquis de l’expérience (VAE) permet d’obtenir un diplôme reconnu à partir d’une expérience professionnelle. Elle évite de repasser par les bancs de l’école, comme l’explique le portail officiel France VAE. Ces voies restent moins visibles qu’un parcours universitaire, sans être marginales pour autant.
Ce que propose Lekti, à sa mesure
L’association Lekti ne prétend résoudre ni le décrochage ni le chômage des jeunes. En revanche, elle propose une porte d’entrée modeste vers le numérique. Des ateliers de programmation, ouverts dès 6 ans et animés par des bénévoles, se tiennent en dehors du cadre scolaire.
Ici, aucun diplôme n’est demandé pour s’inscrire, comme le rappellent nos ateliers Scratch de Petit-Bourg. L’apprentissage s’y fait par le jeu plutôt que par la note. Cette approche prolonge ce que nous écrivions dans notre article sur l’avenir de l’enseignement supérieur en Guadeloupe. La réussite se construit par plusieurs chemins, jamais un seul.
Pour prolonger cette réflexion, l’application app.assoslekti.fr propose des livres audio qui contournent, eux aussi, l’obstacle de la lecture papier. Voilà une autre manière d’apprendre, quand l’école n’a pas toujours su l’imposer.
